Il se régale du casse-croûte tiré de sa besace : un morceau de fromage, du pain, un œuf dur. Son œuf. Dans un coin de son jardin, avec des palettes de récupération, il a construit de ses mains un poulailler, juste quatre galinettes qui gambadent dans l’herbe grasse la journée, avant de retourner, aux rayons déclinants, sur leur perchoir.
 
Le gaillard savoure le vent dans ses cheveux, hume les senteurs de la garrigue. Son regard se porte au loin sur les montagnes environnantes, sur les plaines en contrebas.
 
Il se lève et s’étire. Il est temps de rentrer. À petites foulées grisantes, Tim grignote la pente. Encore quelques heures de besogne pour rendre son projet par mail, avant que ses enfants ne reviennent de l’école et l’embrassent. Il sourit.
 
Tim ouvre les yeux. Les gens serrés dans leurs manteaux gris heurtent sa rétine en même temps que les odeurs le violentent. Les portes de la rame coulissent.
Dans un soupir las, l’homme pose un pied sur le quai. La liberté demande du courage.
 
                                                                                                                 Esther JULES - octobre 2016